Hommage à M. Jean MIALET

Jean MIALET, un an déjà

Jean Mialet, qui fut un des piliers et des membres fondateurs de l’IDEF, nous a quittés le 26 novembre 2006. Il avait été le trésorier de l’IDEF : une contribution toute de modestie et de bonne volonté, pour qui connaît la gestion de l’association. Mais de même que l’IDEF rayonne loin au-delà de ses moyens, Jean Mialet en était bien plus que le comptable. Il apportait à la francophonie l’énergie, l’intelligence et la foi qu’il savait donner sans compter aux causes qui lui paraissaient justes. Nommé en 1959 chargé de mission au secrétariat général de la Communauté et des affaires africaines et malgaches, alors qu’il était déjà un des meilleurs spécialistes de l’aide aux pays en développement, il gère pendant 3 ans les questions monétaires liées à la mise en place de la zone franc et de ses principales institutions. Pour lui, les indépendances nouvellement acquises ne sont pas la fin d’une époque, mais un monde nouveau qui commence, une page qui s’ouvre vers de nouvelles relations de coopération et d’échanges. La francophonie en sera le vecteur, l’IDEF l’un des pilotes. Il lui restera fidèle toute sa vie.

A la Cour des comptes où il est entré en 1962, Jean Mialet a suivi un parcours exemplaire salué par ses pairs. Lors de l’hommage prononcé à la séance solennelle du 24 janvier 1990, qui suit son départ à la retraite, le Procureur général Jean Raynaud loue ses qualités professionnelles et salue la dimension humaine qu’il ne manquait jamais d’introduire dans ses analyses juridiques.

L’humanité : c’est sans doute en effet ce qui le distinguait de beaucoup d’hommes. Cette humanité dont il avait cruellement éprouvé les limites, jusque dans sa propre chair, dans les bagnes nazis . Celle que transcendait sa foi de chrétien.
Il lui avait fallu attendre plus de 30 ans pour enfin dire, dans un livre bouleversant, les souffrances subies par le jeune résistant qu’il était entre juillet 1943 et mai 1945 dans les camps de Buchenwald, Dora et Harzungen. Le déporté, la haine et le pardon paru en 1981, réédité en 1997, salué par le Grand prix catholique de littérature, raconte le quotidien atroce des camps : l’épuisement, la maladie, la mort toujours proche, mais aussi la lâcheté et la bassesse, et les comportements claniques. Deux ans de rage et d’humiliations pour le jeune officier de Saint-Cyr, « privé de guerre », condamné à l’épuisement dans l’univers concentrationnaire. Lui, l’ancien international de rugby scolaire en 1939, il voit son corps décharné, rongé de maladies, l’abandonner peu à peu. Tant de douleur, d’injustice et de brutalité, tant d’absurdité méritent-elles le pardon ? Le livre sera la réponse. Mais aussi les groupes « Rencontres », lieux de dialogue entre anciens déportés de la Résistance, que Jean Mialet fonde et préside de longues années.
Il mettra 7 ans à se remettre physiquement des camps. Mais l’épreuve l’a marqué pour toujours et les séquelles de la vie concentrationnaire ne s’effaceront jamais tout à fait. Sa femme Colette le rappelait parfois, avec cette vivacité qui l’animait face à l’injustice, et qu’il tempérait avec bonhomie. Dans ce couple uni et rayonnant dont on devinait la force partagée, c’est elle qui s’en est allée la première.

Jean Mialet avait assez d’énergie, de générosité et de talent pour se consacrer à plusieurs causes. La réflexion sur l’armée est l’une d’entre elles : comprendre les mutations de l’armée depuis la période algérienne jusqu’à la dissuasion nucléaire, éclairer le lien entre l’armée et la nation. Après L’aide ou la bombe, paru en 1965, il livre ses réflexions dans un livre collectif paru en 1997, Le moral des troupes, 1962-1986. Membre du Conseil national de liaison défense-armée-nation en 1976, président du conseil d’administration du musée de l’Armée de 1984 à 1989, administrateur de l’Institution nationale des invalides en 1992, président depuis 1993 de l’Amicale des déportés politiques et de la résistance Dora, Ellrich, Harzungen et Kommandos annexes , il est une référence dans ces matières.

Président de l’Institut national d’études démographiques de 1978 à 1983, il est aussi membre de la Commission nationale de l’informatique et des libertés de 1988 à 1993. De nombreuses décorations françaises et africaines ont honoré son courage, son talent et son engagement.
Un veilleur attentif, un combattant, un compagnon fidèle : Jean Mialet aura été tout cela dans les engagements nombreux de sa vie. La francophonie ne fut pas le moindre. Il aimait l’IDEF. Il croyait à son rayonnement, à sa pérennité, à la noblesse de sa mission. Parce qu’il voulait voir s’incarner dans cette communauté deux valeurs essentielles à ses yeux : la fraternité et la justice.

Danièle Lamarque

Conseillère à la Cour des Comptes

  • Dernière mise à jour: 11 février 2008
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